CRM de levée de fonds : les options gratuites et payantes pour une startup française

Un CRM de levée de fonds, c'est le tableau de bord de vos conversations avec les investisseurs : qui a été contacté, à quelle étape il en est, ce qu'il a lu, quand le relancer. Sans lui, une levée menée avec trente fonds en parallèle finit en fil de mails et en tableur que plus personne ne met à jour après la deuxième semaine.
Les outils ne manquent pas. La plupart des fondateurs français arrivent pourtant à leur levée avec une stack bricolée : un Notion pour les statuts, un Drive pour les documents, un tableur pour les relances, et aucun lien entre les trois. Chaque outil fait correctement sa part. Ensemble, ils laissent des angles morts.
Ce guide passe en revue les options gratuites et payantes disponibles en 2026, ce qu'elles coûtent vraiment, et comment choisir selon votre stade.
Ce qu'un CRM de levée doit vraiment faire
Un CRM généraliste (HubSpot, Pipedrive, Salesforce) peut techniquement suivre des investisseurs. En pratique, trois fonctions propres à la levée lui manquent.
Des étapes propres à la levée. Une levée ne suit pas le pipeline d'une vente B2B. Contacté, rendez-vous, due diligence, term sheet, refus : chaque étape change la façon de relancer et de prioriser.
Un lien avec les documents partagés. Savoir qu'un investisseur a ouvert votre dataroom, combien de temps il a passé sur le prévisionnel, s'il est revenu sur la cap table : c'est ce qui transforme une relance générique en relance pertinente.
De quoi repérer les fonds chauds. Quand quinze fonds sont en même temps à l'étape « rendez-vous », vous devez savoir lesquels ont lu vos documents cette semaine et lesquels sont silencieux depuis trois semaines. C'est là que va votre énergie.
La plupart des outils du marché couvrent bien la première fonction. Les deux autres dépendent de l'endroit où vivent vos documents.
Les options gratuites
Notion ou Airtable, en version maison
C'est le point de départ de la majorité des fondateurs : une base de données, des statuts, des colonnes pour les dates de contact et les notes. Notion est gratuit tant que vous êtes seul ; à deux fondateurs, le plan Plus coûte 10 $ par membre et par mois.
C'est souple et familier. Mais rien n'y est relié à vos documents, rien ne vous prévient quand un investisseur lit votre deck, et chaque mise à jour est manuelle. Sur quatre mois avec trente fonds, tenir la base à jour prend un temps que vous n'avez pas.
OpenVC
OpenVC est une plateforme de levée gratuite : plus de 16 000 investisseurs vérifiés, des filtres par ticket et par capacité à mener un tour, un CRM natif et des statistiques d'ouverture de deck. Le cœur du produit reste gratuit, avec des sièges illimités pour l'équipe.
C'est la meilleure option gratuite pour construire une liste de fonds. Ce n'est pas une dataroom complète : le suivi s'arrête au deck.
Foundersuite Basic
Foundersuite propose un pipeline visuel pensé pour la levée, des notes, des relances et une base d'investisseurs intégrée. Le plan Basic est gratuit, avec un plafond de pipeline souvent cité autour de 75 investisseurs.
Pour une levée pre-seed avec une liste courte, c'est suffisant. Au-delà, le plafond vous pousse vers les plans payants.
Visible Starter
Visible est d'abord un outil de relation investisseurs, construit autour des mises à jour périodiques (les « investor updates »). Son plan Starter est gratuit : updates vers 100 investisseurs, deux pipelines, deux decks et des tableaux de bord d'indicateurs.
Il est taillé pour informer des investisseurs que vous avez déjà, moins pour prospecter des dizaines de fonds en parallèle.
Les options payantes
Foundersuite
Les plans payants tournent autour de 69 à 149 $ par mois. Ils débloquent le pipeline sans plafond et la base complète, que l'éditeur annonce à 216 000 contacts (fonds, LP, investisseurs privés). La dataroom est une option, sur tous les paliers.
C'est l'outil par défaut quand le volume de prospection est l'enjeu. L'interface est en anglais, et la base est plus fournie sur le marché américain que sur les business angels et les fonds régionaux français.
Visible
Les plans Base, Core et Growth coûtent 59, 129 et 199 $ par mois en facturation annuelle. Ils étendent les updates, les pipelines et la dataroom. C'est le bon choix quand vous devez une note mensuelle à des business angels déjà au capital ou à un investisseur principal qui l'a demandée.
OpenVC Premium
À 99 $ par mois ou 299 $ par an, Premium ajoute des filtres de recherche d'investisseurs. Le pipeline, lui, reste dans l'offre gratuite. À prendre seulement si vous savez expliquer la thèse d'investissement que vous cherchez à filtrer.
DocSend
DocSend n'est pas un CRM, mais c'est la brique de suivi de lecture que beaucoup de fondateurs ajoutent à leur Notion : temps passé page par page, alertes à l'ouverture, révocation des liens. Le plan Standard coûte 30 $ par utilisateur et par mois ; les datarooms commencent au plan Advanced, à 150 $ par mois pour trois utilisateurs.
Ce que coûte vraiment une stack assemblée
Additionner plusieurs outils pour couvrir le pipeline, la dataroom et le suivi de lecture a un coût en abonnements.
Tarifs publics relevés le 23 septembre 2026 pour Notion et DocSend, le 27 août 2026 pour Foundersuite. Prix en dollars, hors taxes.
| Brique | Outil | Coût mensuel |
|---|---|---|
| Pipeline et notes | Notion Plus (2 membres) | 20 $ |
| Dataroom et suivi de lecture | DocSend Advanced (3 utilisateurs inclus) | 150 $ |
| Total, stack fait maison | Notion et DocSend | 170 $, soit 680 à 1 020 $ sur 4 à 6 mois |
| Variante : pipeline dédié et base d'investisseurs | Foundersuite payant à la place de Notion | 69 à 149 $ de plus, dataroom Foundersuite en option |
Google Drive n'est pas compté : la plupart des équipes le paient déjà pour leur messagerie. Les grilles changent, vérifiez la page tarifaire de chaque éditeur avant de décider.
Le coût le plus lourd n'apparaît pourtant pas dans ce tableau. DocSend vous apprend qu'un investisseur a ouvert votre deck, mais cette information n'arrive pas dans votre Notion. Il faut la recopier, et un jour de rush, vous oubliez. La relance part trop tard, ou pas du tout. Multipliez ce temps de synchronisation par trente fonds et quatre mois de levée.
Quatre questions avant de choisir
Où vivent vos documents, et votre CRM le sait-il ? Si vous devez ouvrir un deuxième outil pour savoir qu'un investisseur a lu votre prévisionnel, la friction est déjà là.
Vous faut-il une liste de fonds, ou un suivi de ceux que vous connaissez déjà ? Pour trouver des interlocuteurs, une base comme OpenVC ou Foundersuite est utile. Si votre liste vient de votre réseau et de vos introductions, la base compte moins que le suivi.
Le suivi de lecture est-il assez fin ? Savoir qu'un document a été ouvert ne suffit pas. Savoir qu'un investisseur a passé huit minutes sur votre prévisionnel et trente secondes sur la page concurrence change la préparation de votre prochain call.
Le prix est-il justifié à votre stade ? En pre-seed, 150 $ par mois avant d'avoir levé, c'est une vraie décision. Avec un tour de 5 M$ en cours, c'est négligeable.
Où se situe onefive
onefive n'est pas un CRM de levée aujourd'hui. C'est une dataroom gratuite, qui apporte le signal de lecture qui manque à la plupart des outils de pipeline.
La dataroom. Vous ouvrez l'accès investisseur par investisseur, par des liens qui peuvent expirer et que vous révoquez à tout moment. Les documents sont versionnés, les PDF en lecture seule portent un filigrane, et chaque ouverture est journalisée : qui a ouvert quoi, et quand. Le détail est dans notre guide de la dataroom.
Le pipeline. Il n'y en a pas encore. Le pipeline de levée est sur la roadmap 2026-2027. En attendant, gardez votre liste de fonds dans le tableur, le Notion ou le CRM de votre choix, et reportez-y ce que le journal de lecture vous apprend avant chaque relance.
Autour. Un réseau de fondateurs, d'investisseurs et de mentors aux profils vérifiés, Spotlight qui référence environ 400 incubateurs, accélérateurs, concours et événements en France, et Le Tour de Table, la newsletter hebdomadaire des levées de la tech française.
Ce qu'onefive ne fait pas. Il n'y a pas de pipeline, pas de base de fonds à interroger comme sur OpenVC ou Foundersuite, pas d'envoi d'e-mails en masse, et pas encore de mises à jour investisseurs. Il ne revendique pas non plus de certification SOC 2 ou ISO 27001.
Le produit est en pré-lancement, gratuit, en un seul plan, avec 1 Go de stockage par dataroom. L'accès passe par une liste d'attente gratuite. Ce que couvre ce plan est détaillé dans onefive est gratuit : ce que ça couvre.
Tableau comparatif
Fonctions et tarifs repris des pages publiques des éditeurs le 27 août 2026, le 23 septembre 2026 pour Notion et DocSend.
| Outil | Pipeline de levée | Suivi des documents | Base d'investisseurs | Gratuit | Payant |
|---|---|---|---|---|---|
| onefive | Pas encore, sur la roadmap 2026-2027 | Dataroom intégrée : qui a ouvert quoi, quand, avec un journal de lecture | Non. Réseau de membres vérifiés et annuaire des programmes | Tout le produit | Pas de plan payant |
| OpenVC | CRM natif | Statistiques d'ouverture du deck | 16 000+ investisseurs | Cœur du produit, sièges illimités | Premium 99 $/mois ou 299 $/an (filtres) |
| Foundersuite | Kanban, notes, relances | Hébergement du deck, dataroom en option | 216 000 contacts revendiqués | Basic, pipeline plafonné | Environ 69 à 149 $/mois |
| Visible | Deux pipelines en Starter | Decks et dataroom, autour des updates | Visible Connect | Starter : updates vers 100 investisseurs | 59, 129 ou 199 $/mois (annuel) |
| Notion et DocSend | Base à construire vous-même | DocSend : suivi par page, datarooms en Advanced | Non | Notion gratuit en solo | Environ 170 $/mois à deux |
Aucun de ces outils n'est mauvais : ils ne répondent pas au même besoin. Le détail fonction par fonction est dans nos pages comparatives.
Le détail par outil est dans le comparatif et les pages onefive vs Visible, onefive vs Foundersuite et onefive vs OpenVC. Pour un classement centré sur le pre-seed, voir les meilleurs CRM de levée pre-seed en 2026.
Comment choisir selon votre stade
Pre-seed, avant la première levée institutionnelle
Vous avez rarement plus de dix fonds en parallèle. Un Notion ou un tableur bien tenu suffit pour le pipeline. Le vrai besoin est ailleurs : identifier les fonds qui investissent dans votre secteur et à votre ticket (OpenVC gratuit est un bon départ), puis partager vos documents sans perdre le contrôle de qui les voit. Une dataroom avec suivi de lecture vous sert dès le premier envoi, même si le pipeline reste simple.
Levée active, du seed à la série A
C'est là que le CRM compte le plus. Vingt à cinquante fonds en cours, des relances à gérer, un deck mis à jour en route, et des arbitrages constants sur où mettre votre temps. Le lien entre ce que lisent les investisseurs et votre pipeline n'est plus un confort : savoir qu'un fonds a relu votre prévisionnel hier soir vaut plus qu'un tableau de statuts parfaitement tenu.
Si vous prospectez beaucoup à froid, Foundersuite reste le plus outillé pour le volume. Si vos investisseurs arrivent par votre réseau, un tableur ou un Airtable bien tenu suffit pour le pipeline, et une dataroom comme celle de onefive vous donne le signal de lecture qui manque. Certaines équipes combinent une base pour trouver les fonds, un outil de pipeline pour les suivre, et une dataroom pour partager les documents.
Série A et au-delà
Vous gérez aussi des investisseurs déjà au capital. Visible est fait pour ça : updates réguliers et relation suivie avec un tour de table constitué. Pour prospecter le tour suivant, les critères du seed s'appliquent de nouveau.
FAQ
Questions fréquentes
Un CRM généraliste comme HubSpot peut-il servir pour une levée ?+
Oui, techniquement. Mais les étapes d'une levée (deck envoyé, due diligence, term sheet, refus) ne correspondent pas aux pipelines de vente pour lesquels HubSpot est conçu, et il ne sait rien de vos documents. Si vous l'utilisez déjà pour vendre, créez un pipeline séparé pour la levée plutôt que de mélanger les deux.
Faut-il un CRM dédié dès le premier tour de table ?+
Pas forcément. Avec moins de dix fonds en parallèle, un tableau bien tenu suffit. Un outil dédié devient utile quand le suivi manuel commence à coûter du temps, en général autour d'une vingtaine de conversations actives.
Quelle différence entre un CRM investisseurs et une dataroom ?+
Le CRM suit la conversation : qui est à quelle étape, quand relancer, ce qui a été dit. La dataroom contrôle les documents : qui voit quoi, depuis quand, pendant combien de temps. Séparés, ils vous obligent à recopier l'un dans l'autre. Reliés, une lecture dans la dataroom apparaît directement là où vous décidez de relancer.
Les outils américains comme Foundersuite sont-ils adaptés à une levée en France ?+
Leur pipeline fonctionne pour n'importe quelle levée. Leurs bases contiennent les grands fonds français, mais leur couverture est plus mince sur les business angels, les fonds régionaux et les programmes Bpifrance, et l'interface est en anglais. Si vous avez déjà votre liste, ce n'est pas un frein.
Comment savoir si un investisseur a vraiment lu mon deck ?+
Un lien Drive ou Dropbox ne vous dit rien. Un outil de suivi de lecture vous donne l'heure d'ouverture, le temps passé et, pour un PDF, le temps page par page. Un investisseur qui a passé dix minutes sur votre deck sans répondre n'appelle pas la même relance qu'un investisseur qui n'a jamais ouvert le lien.
onefive a-t-il un pipeline de levée ?+
Pas encore. Le pipeline de levée est sur la roadmap 2026-2027, et onefive n'a pas de base de fonds à interroger comme OpenVC ou Foundersuite. Ce qu'il propose aujourd'hui, c'est la dataroom avec un journal de lecture : vous gardez votre liste de fonds dans l'outil de votre choix et vous y reportez ce que le journal vous apprend. Le produit est en pré-lancement, avec une liste d'attente gratuite.
Faut-il payer pour avoir un bon suivi de levée ?+
Non. OpenVC, Foundersuite Basic et Visible Starter ont une offre gratuite utilisable, et la dataroom onefive est gratuite. Payer se justifie quand une limite vous coûte du temps : pipeline plafonné, filtres d'investisseurs insuffisants, besoin de mises à jour investisseurs régulières.
Quel que soit l'outil choisi, la question de fond est la même : pendant les quatre à six mois d'une levée active, voulez-vous passer votre temps à tenir des outils à jour, ou à relancer les bons fonds au bon moment ?